• Melanie Frerichs-Cigli

Zoubisous-grisou

Mis à jour : 6 août 2019

#LesMatinsLuxe Retrouvez la chronique de Melanie Frerichs-Cigli de ce lundi 21 janvier 2019

Les canaris et les pinsons, c’est très joli, très sympa dans les dessins animés, ça fait des belles chansons, bref, c’est très distrayant. Mais pour les mineurs, c’était surtout de bons indicateurs qu’un coup de grisou venait : ils étouffaient en premier et la fin de leur chant sonnait l’alarme. Et ben moi, je vous dis les amis, au niveau sociétal, les canaris et les pinsons, ce sont toutes les minorités. Et en ce moment, c’est pas la joie.


Alors, on peut faire le tour du monde en racrapotage, c’est déprimant mais omniprésent : les homos qu’on jette des tours, les amérindiens dont les WASC - comme dans catholiques partisans de Trump se moquent, les femmes, les minorités religieuses, ethniques, les migrants…


Oui, vous aurez remarqué que les femmes, la courte majorité de l’humanité est considérée comme une minorité ? C’est un effet des temps, les journalistes, intellectuels et les artistes aussi, c’est comme cela. Enfin, ça dépend des pays et même des classes sociales - chacun ses ostracisés, mais c’est à une forme de rejet global de ce qui n’est pas, de manière assez primaire, populo qu’on assiste de plus en plus. Dans les pays les plus stables, ce sont quelques aigris à l’auditoire plus ou moins large qui agitent les passions mauvaises ; dans les plus proches du grisou, ce sont les états eux-mêmes devenus plus autoritaires qui cassent de l’autre. Bien sûr, dans les pays déjà atomisés, comme l’Irak, par exemple, les pinsons ont cessé de chanter depuis longtemps, et les dernières starlettes Insta se font canarder comme des lapins.


Vous remarquerez que je fais beaucoup dans la métaphore animalière. C’est que ça aussi, ça fait partie de la rhétorique, voyez. On animalise l’autre. Généralement, on n’utilise pas des surnoms sympas, comme canari, non. On bête de foire, on bête de somme pour mieux réifier. C’est toujours plus facile d’avoir des ennemis quand ils ne sont pas humains. L’incroyable dans tout cela, c’est que partout à la fois, ça se déroule de la même manière. A croire que les psy de tous poils tiennent quelque chose à dire que l’homme est toujours égal à lui-même. Qu’on se pense à la pointe de la modernité ou en totale réaction contre elle, la dialectique est identique, le ressort à l’argument d’autorité immédiat – évidemment, c’est pas le même, du point Godwin à la citation de textes saints, quels qu’ils soient, mais enfin… Vraiment, les mêmes rancoeurs, les mêmes idées… Et la même stratégie marketing digital. Les complotistes y verraient la preuve d’une organisation chapeautant tout cela, de mon point de vue, sans doute plus fataliste, c’est surtout d’esprit des temps que je parlerais. Comme pour le complotisme, d’ailleurs – une eschatlogie. Mais enfin, tout le monde est d’accord pour ne pas l’être et faire dans l’intervalle d’abord le ménage chez lui de ses dissidents et mécréants.


Personnellement, je me suis toujours méfiée de ceux qui s’engagent en discours et enflamment les passions. Les quenelles n’ajoutent rien aux revendications en France comme moquer du vétéran du Vietnam ne rend pas Trump plus puissant. Quant à ici… Casser du migrant, casser du déviant ne rendra pas l’économie moins tributaire du monde et puis surtout, de qui serez-vous le déviant de demain ? Rien n’est joué et le monde va vite. Ne le laissons pas nous faire tourner la tête.



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